Je viens de déménager mon petit univers dans le bas Saint-Laurent. L’installer dans une coquette petite maison qui nous appartient. J’ai quitté la grande ville qu’est Montréal pour aspirer à la tranquilité et l’apaisement d’un petit endroit serein. Ça ne fait qu’un peu plus d’une semaine que j’y suis installée que je m’y sens déjà bien mais surtout chez moi. Il me reste beaucoup de choses à découvrir de cet endroit mais j’ai un bout de chemin de fait. J’y connais des gens merveilleux, humains, accueillants mais surtout ultra-sympathiques. Je sens que je fais déjà partie de la “gang” et ça fait du bien, surtout quand on arrive d’un endroit où plus souvent qu’à son tour, on se sent anonyme.
J’ai maintenant le fleuve comme voisin, au lieu de ruelles sales. J’ai l’air salé à respirer, plutôt que le smog et la poussière. J’ai du temps, beaucoup de temps, plutôt que de me dépêcher tout le temps. J’ai de l’espace à revendre, au lieu de me sentir prise et angoissée. Et j’ai mon chez-moi, à moi. Mon jardin, mon petit coin de gazon, une maison pleine de lumière. J’avais déjà connu ce bonheur avant de partir pour Montréal, par choix je l’avais quitté mais durant ces deux années de vie urbaine, j’y repensais tous les jours. Le printemps était le moment le plus critique, le moment où on prépare la terre pour le potager, où on arrange notre dehors pour y vivre une partie de l’été. Tout ça m’avait terriblement manqué en ville. J’ai maintenant ma petite maison, dont je prendrai grand soin et faire en sorte que les gens qui y viendront se sentiront comme chez eux.
C’est certain qu’il y aura des journées où je sentirai le besoin de voir l’effervescence de la ville, cette animation sans fin, ce brassement de foule qui est quand même nécessaire à mon équilibre vital. Des journées où je m’ennuierai dans ma petite maison, où cette envie de traffic et de grands buildings sera plus forte que tout. Dans ce temps-là, soit je prendrai ma voiture et ferai de la route pour me lancer dans l’urbanité, soit j’écouterai en boucle cette chanson de Fred Pellerin, et me convainquerai que c’est dans ma petite ville longeant le Saint-Laurent, que je suis bien:
Là-bas, la neige est brune
Icitte, la neige est bleue
Là-bas, tout le monde connait personne
Icitte, tout le monde en connaît deux
Nous z’autres on prend le temps de rouler avec nos chars
Là-bas, même à pieds, ça prend un criard
Il pousse pas d’arbre où tu peux pisser
Là-bas, y’a pas de vache qui te regarde passer
Là-bas, y’a pas long de ciel à regarder
Là-bas, le temps coûte cher,
Icitte, t’as ça gratis
Tu pourrais presquement tout faire
Faire un grand bout avec un dix
T’as toujours un chum qui travaille au bar
C’est même pas ta fête pis il t’envoèye un fort
Y a pas de parking où il faut payer
Mais t’as une maudite grande cour à déblayer
Faque j’vas me recoucher puis j’attend l’été
Depuis ce temps je dors
Au volant de mon char
De ma campagne à Ma-Réal
J’échangerais mon char pour un cheval
Chus-tu réveillé ou ben si je dors?
J’sais pas si j’Arrive ou ben si je pars
Chus tellement habitué de l’faire sur les deux bords
J’me réveille en ville en plein cauchemar
J’rentre dans un bar puis j’m'achète un fort, encore….
Là-bas, de Fred Pellerin, tiré du disque Silence
J’irai peut-être en ville pour mieux revenir ici. Pour me réconcilier avec une vie tranquille. Pour voir mes enfants courir dans la rue sans avoir à les surveiller, pour respirer le fleuve et son horizon et enfin, voir des étoiles au-dessus de ma tête.
