Depuis plus de deux ans, on se bat ensemble. Depuis cette journée grise d’octobre 2009, cette journée où j’ai su que tu avais laissé entrer cette cochonnerie en nous et qu’en plus, tu avais aidé à la développer. Tu sais, je ne peux m’empêcher de vivre cet évènement comme une trahison, un véritable coup bas. J’ignore tes raisons. Je sais que je n’ai pas toujours fait attention à toi. Je t’ai souvent malmené mais pour m’en vouloir à ce point? Est-ce une réponse de toi au fait que je n’ai pas toujours accepté ce que nous sommes ensemble? J’avoue t’avoir blessé, affamé, poussé aux limites de la fatigue mais tu me l’as bien rendu. Tu m’as aidé à donner vie à trois beaux enfants, nous les avons nourri, fait grandir, tu m’aides à gagner ma vie en me donnant les talents pour faire le plus beau métier à mes yeux, ce qui fait que je suis fière de nous mais j’ai l’impression que tu m’en veux.
J’aimerais bien que nous fassions la paix aujourd’hui. Que je puisse reprendre confiance en toi, qu’au moindre petit bobo ou douleur, je ne m’imagine pas le pire et que tu as fait revenir ce crabe au creux de nous. Chaque jour est un apprentissage vers cette confiance, cette connaissance que j’ai de toi. Je vis ces moments comme des victoires, si minimes soient-elles. Je veux que nous prenions soin de nous, mutuellement.
Je ne crois pas que tu aimes à me savoir triste. Je ne crois pas que tu aimes que je pleure. Encore moins que je te fasse subir le stress qui m’habite à chaque rendez-vous chez les médecins. Cette dernière fois où je me suis retrouvée seule, seins nus, sur la table avec la machine à échographie à mes côtés et où je voyais cette tâche noire entourée sur l’écran. Comment veux-tu que je me sente bien et que ça ne se répercute pas sur toi? Je n’aime pas avoir peur de ce que tu peux me ramener. Mais je sais que la journée où tu décideras que ce sera terminé pour nous deux, je n’aurai d’autres choix que de te laisser faire. Est-ce que ça peut attendre encore, juste un peu?
Tu fais de moi quelqu’un de fort, de tenace. Ensemble, nous sommes capables de recevoir et de donner du plaisir, de l’affection, des soins. Rire, aimer, accepter. J’ai changé l’espace où nous vivons pour que tu te sentes bien à l’air qu’on y respire, prendre le temps de s’y reposer, d’expulser hors de nous ces pollutions de la vie. J’essaie de te faire bouger, de te faire voir le monde qui nous entoure et que tu t’y éveilles. J’aime ce que nous sommes devenus maintenant, le miroir reflète, à mes yeux, quelque chose de beau. Je veux faire attention à toi mais fais pareil pour moi et on se le rendra bien. La vie sera longue et douce entre nous deux, comme un vieux couple amoureux, heureux d’être ensemble même sous les jours gris. Et chaque jour je te remercierai du bien-être que nous nous apporterons.
Merci. Belle vie à toi, à moi, à nous.
